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                                             De l'insulte à la reconnaissance


          Arrivée à Commerce : je sors du tram avec mes amis centraliens, plus que 200m jusqu’au square J-B Daviais où nous attend notre char, décoré ce matin sur le parking de l’école. Il nous reste encore quelques drapeaux rainbow que nous allons accrocher au char. Mais en attendant je porte un de ces drapeaux, telle une cape sur mon dos. Et oui, aujourd’hui c’est la Gay Pride, les Nantais sont au courant, aujourd’hui le centre ville sera traversé par une vague dansante de musique, par des gens et des drapeaux de toutes les couleurs ; toutes les associations LGBT de la région sont présentes ; certaines, comme la nôtre :), ont la chance d’avoir un char, mais ce n’est pas la majorité. Il y avait seulement 7 chars à la Gay Pride. La plupart des associatifs marchent simplement et portent des banderoles et pancartes qui dénoncent les préjugés, rappellent que les couples homos n’ont pas les mêmes droits que les couples hétéros, et qu’il y a encore beaucoup à faire dans la lutte contre l’homophobie.


    cortège




          Aujourd’hui c’est la Gay Pride, « Sale gouine » sont les premiers mots que j’entends en sortant du tram à Commerce… Je ne me sens même pas concernée, cela ne veut rien dire « sale gouine » de toute façon, à quelle réalité rattacher cette insulte ? Comment alors cela pourrait-il m’atteindre ? Je ne suis pas une « gouine » et encore moins une « sale gouine », je préfère le terme de « lesbienne ». Je suis juste moi-même, une personne, avec un caractère propre et une idée propre de la vie que j’aimerais mener, et qui pour ma part, sont liés à mon orientation sexuelle, à la sexualité dans laquelle je me sens moi-même. Mais quel rapport avec « sale gouine » !? C’est peut être ma cape rainbow qui m’a protégée de cette insulte... non, c’est plutôt le cercle d’amis autour de moi, pleins d’entrain et se réjouissant de participer à cette marche.

          Plus que 200m jusqu’au square J-B Daviais. Je porte toujours le drapeau, en toute simplicité et avec un peu de fierté, puisque c’est la Gay Pride aujourd’hui : elle va commencer d’un instant à l’autre ! Tous ceux qui se trouvent au centre ville aujourd’hui ont pu la voir se préparer et voir les gens converger vers la place du Commerce. Mais dans l’esprit de certains passants, la Gay Pride n’est pas près de commencer… Nous ne sommes plus qu’à 50m des chars, du point de départ, que nous avons droit à un « Parasites !» de la part d’un passant.

          « Parasites »… encore une fois, comment se sentir concernés ? Mais « parasites » contient quelque chose de plus violent que « sale gouine » qui est une insulte digne d’une personne sans imagination, ni caractère, juste vulgaire, et c’était une fille en plus… « Parasites » montre une certaine réflexion tout de même ! L’homme en question a réfléchi sur le sujet de l’homosexualité et a élaboré dans sa tête l’idée que nous sommes des parasites. Des sortes d’insectes, qui ne servent à rien, qui contaminent les autres, et que l’on pourrait tout simplement écraser, faire disparaître (pour ne pas dire exterminer). D’infects insectes…

          Mais ces insultes donnaient encore plus d’importance à la marche des fiertés qui allait se dérouler ensuite : l’enjeu est véritable puisque l’homophobie ‘’parasite ’’ encore nos vies.

          A croire que bien trop souvent, les gens qui n’ont pas été éduqués à la tolérance, à qui on n’a jamais parlé de ce sujet, ou qui se sentent frustrés/effrayés de n’avoir jamais pu s’exprimer sur ce qu’ils ont en eux, se posent automatiquement en homophobes. Comme si ne pas être homo ou gay-friendly, devait impliquer d’être homophobe. Comme s’il fallait à tout prix surenchérir sur le fait de ne pas être homo, et surtout bien se démarquer de ces gens en étant CARREment homophobe ! (ah non ! moi je suis 100% hétéro et 100% homophobe : TOLERANCE 0 !).

          Dans ce cas, l’indifférence est encore préférable ! Après tout il est normal que tout le monde ne se sente pas concerné ou intéressé par l’homosexualité, c’est d’abord un sujet intime et personnel, néanmoins nous pensons que le fait de s’y intéresser au moins une fois dans sa vie, que ce soit en discutant, en regardant un film sur le sujet, simplement en lisant les mails envoyés par Nevermind ;), ou là, en lisant cet article, permet d’éviter une totale ignorance sur le sujet, qui est à l’origine de toutes les intolérances, du rejet de l’autre.

          Je n’ai pas été blessée par ces insultes, elles ne m’ont pas atteintes je crois, sur le plan émotionnel. La fête était belle. Mais a posteriori, je suis tout de même stupéfaite, elles me donnent à réfléchir et l’envie d’écrire cet article.

          Cela n’a duré que 3 secondes ; la Gay Pride, elle, a duré 3 heures.

          Notre association, Nevermind, qui est la vôtre aussi, l’association gay-friendly de Centrale Nantes, partageait un char avec Openminded, celle des Mines de Nantes. Un char « Tutti Frutti » qui arborait de grandes affiches pleines de fruits et de couleurs, sur lequel on pouvait lire : « Tous les goûts sont dans la nature ». Tout fruit a sa couleur et son goût, alors quoi de plus naturel, que tout être soit unique et ait ses propres goûts ! Notre petit char a eu un certain succès, c’était le seul char d’associations étudiantes à cette Gay Pride.



     





          Ce jour là il pleuvait mais lorsque le départ a été donné, ce fut comme une ouverture des vannes : tous les complexes et les pressions que l’on peut ressentir le reste de l’année se sont échappés et nous avons été emportés par une vague de joie. Sur le trottoir, aux fenêtres, tout le monde nous regardait défiler, revendiquer nos droits en marchant, manifester notre joie en dansant. Se manifester, à la Gay Pride, c’est aussi un peu se magnifier ! Au moins 3h, un jour dans l’année, cela nous rend vraiment gais d’être gay… :) (facile celle-là, facile ! mais tellement vraie !).

          Pendant un instant je me suis demandé pourquoi j’avais le droit d’être là, en hauteur sur un char en pleine place Royale. Parce que nous sommes gay et en cela différents… ? Non, justement parce que nous ne sommes pas si différents les uns des autres et les commerçants, les habitants du centre-ville, les passants ont pu s’en rendre compte. Ils étaient tous sortis pour regarder le cortège, un peu par curiosité et aussi parce c’était tout de même 4500 personnes qui passaient sous leur yeux ! Et la curiosité dans leurs yeux laissait souvent place à des sourires, à une compréhension : ce n’était plus des gays et lesbiennes, bi ou trans, qu’ils voyaient mais des jeunes gens, des étudiants qui se manifestent en musique ! Musique, couleurs, joie communicative qui sont passées comme une onde de liberté, de diversité, à travers les rues du centre-ville. Une liberté, une diversité, des couleurs vives dont tout le monde a besoin, et que nous incarnions, pour un jour, sur nos chars, visibles, vus et appréciés.

          Et le regard des passants, si nombreux à sourire, me donnait l’impression d’être une "belle gouine", une belle personne.

          "To bridge the gap between people", j’aime cette expression anglaise qui signifie combler le fossé, et littéralement, construire un pont pour relier, rassembler les gens. Voilà ce qu’a été ma première Gay Pride !

          Merci à tous ceux qui nous ont soutenus dans ce projet, à ceux qui sont venus fêter avec nous, passer nous faire coucou sur le char, ou qui nous ont aidés à préparer la déco. Rendez-vous l’an prochain avec Nevermind, bien sûr !



    Elo


    3 commentaires
  • Pour la 7ème année consécutive, la gay pride de Nantes est précédée de la cinépride, festival de films LGBT qui a eu lieu au Katorza. Il s'agit d'une chance unique de découvrir des films jamais ou très peu distribués en France, dont les sous-titres ont été spécialement réalisés par l'équipe de la cinépride. 

    J'ai ainsi eu la joie d'assister à la projection de pick up the mic, film documentaire sur le hip hop queer. Absolument magnifique. Ce mouvement musical très US mêle différentes cultures pour un choc artistique éblouissant. Culture gay, culture black, culture américaine, musique engagée contre la haine, tout se mêle comme nul part ailleurs. Parce que le hip hop peut être très homophobe, c'est une surprise de voir des artistes affirmant leur identité sexuelle avec ce "homo hop". Leur engagement artistique et humain est une vraie bouffée d'oxygène. Les difficultés de s'assumer en tant qu'homo comme chanteur black de rap sont immenses, mais le courage et la culture sont manifestement plus fortes. 

    De la musique, des témoignages poignant, parfois drôles, toujours touchant, ce doc est une véritable perle. Parce qu'à Nevermind, on a foi en la force de la culture, ce reportage ne fait que nous confirmer dans notre entreprise. On peut ainsi observer ces artistes assumer fièrement ce qu'ils sont. 

    Mais pourquoi le hip hop, genre musical pourtant majoritairement homophobe ? Tout d'abord, on retrouve les côtés festif et revendicatif que l'on peut retrouver ailleurs dans le mouvement LGBT, comme à la gay pride ! Il est également très important à mon sens de pouvoir se ré-approprié les lieux homophobes qui n'ont pas raison de l'être. De plus, le mouvement gay n'a pas de raison d'être monochrome. Ainsi, beaucoup de blacks éprouvent des difficultés a s'identifier à la culture gay. Mais la force de notre mouvement est dans sa diversité. Comment croire en la différence si nous n'appliquons pas nos principes à nous même ? L'homophobie tue partout dans le monde, il n'y a pas de raisons pour que la solidarité s'arrête aux frontières, encore moins aux différences de peaux. 

    Profitez de la cinépride de l'an prochain, et profitez de la gay pride de ce samedi, ce sont des exemples éloquents de ce que peut être la culture gay, la culture queer.

    Karlo

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  • Nevermind et Openminded (l'assoce LGBT des Mines) partageront un char à la Gay Pride de Nantes!

    Venez découvrir l'ambiance festive de la Gay Pride en participant à la marche des fiertés.

    Eh oui! Tous différents et fiers de l'être, samedi 29 mai, c'est la diversité qui est fêtée!

    affiche GP


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  • Nevermind, invité spécial de Nuclérez, la radio qui réveille Centrale!

    Photos


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